Fonds d'érudits nantais
Ces fonds d’érudits nantais comprennent quatre ensembles :
- Les notes de Jules Forest (1800-1875), relatives notamment à l'histoire monumentale et à la topographie de Nantes.
- Les papiers du colonel Paul Balagny (1863-1948), concernant la Révolution française et le premier Empire ainsi que les civilisations précolombienne et chinoise.
- Les notes et papiers du chanoine Jean-Baptiste Russon (1884-1961), relatifs aux activités de la société qu'il présida de 1949 à 1961, à ses travaux de recherche et à l'exercice de son ministère ecclésiastique.
- Les archives d’Annick Baudry-Souriau, concernant les activités de la société (notamment les excursions organisées pour ses membres), des recherches personnelles et la science héraldique (elle a été membre de la commission urbaine d'héraldique départementale).
Si ces érudits ont publié la plupart de leurs recherches, de nombreux dossiers sont cependant inédits.
Ce fonds d’archives a été déposé aux Archives départementales où il est consultable en salle de lecture des documents originaux.
La Société archéologique et historique se réserve les droits d’exploitation des documents qui y sont conservés.
Introduction - présentation du fonds d’érudits nantais
Fondée en 1845, la Société archéologique de Nantes a rassemblé depuis 150 ans un grand nombre d’amateurs ‘histoire et d’archéologie, dont certains sont aujourd’hui cités comme des historiens de référence par les chercheurs contemporains. Ces « érudits locaux » ainsi qu’il était coutume de les nommer, ont laissé, outre leurs publications, un ensemble de notes accumulées au cours de leurs recherches. Ces dossiers d’érudits ont connu des fortunes diverses : un certain nombre a été perdu au cors de successions ou déménagements ; parfois, ils ont été confiés par des héritiers plus responsables à des dépôts publics, services d’archives ou bibliothèques municipales ; ils ont pu également venir enrichir la bibliothèque de la société savante au sein de laquelle leurs auteurs ont œuvré.
Tel est le cas des quatre fonds réunis ici sous la cote 157 J que la Société archéologique et historique de Nantes et de Loire-Atlantique a bien voulu déposer aux Archives départementales en avril 1990 afin qu’ils puissent être consultés par le public. Mis à part les papiers du colonel Balagny, tous els documents constituant les trois autres fonds ont été donnés au printemps 1990 à la Société archéologique par les héritiers de Mme Baudry-Souriau. Arrivés sans aucun ordre et totalement confondus il a fallu séparer les cahiers, notes, dossiers et fichiers en fonction de leur origine avant de les classer par fonds, en conservant à chacun son identité. Cependant, il n’est pas apparu indispensable de redonner forme à des dossiers quelquefois décousus ou incomplets. Le chercheur pourra éventuellement retrouver, dans les publications qui ont vu le jour à partir de ces notes, les renseignements ou le fil conducteur qui peut parfois manquer.
1 Fonds J. Forest (157 J 1-17)
Né à Nantes en 1800, fils d’un important imprimeur libraire de Nantes, Jules Forest a été associé à son frère Vincent pour continuer la maison paternelle de 1829 à 1833. A cette date, il fonde une maison séparée, sous le vocable « J. Forest aîné », à l’angle de la rue Jean-Jacques Rousseau et du quai de la Fosse, et fonde en 1845 l’ « Almanach général des adresses de Loire-Inférieure ». Il cède sa librairie en 1863 à M. André et se consacre ensuite à l’histoire de sa ville. C’est en octobre 1869 qu’il commence à rassembler, à partir de sa bibliothèque personnelle et des collections publiques, les éléments d’une « histoire topographique de la ville de Nantes », ouvrage qui ne verra jamais le jour. Jules Forest meurt en 1875 dans sa demeure qu quai de la Fosse, et sa bibliothèque est dispersée en vente publique les 10-12 mars 1879. L’ensemble de ses notes, classées par thèmes (sites, monuments, rues), constitue un complément intéressant aux ouvrages consacrés à l’histoire monumentale de Nantes, parmi lesquels on peut citer MELLINET (Camille), La Commune et la milice de Nantes, Nantes, 1840, tome 1 ; PIED (Édouard), Notices sur les rues de Nantes, Nantes, 1906 ; BERRANGER (Henri de), Évocation du vieux Nantes, Paris, 1966.
2 Fonds du colonel Balagny (157 J 18-21)
Né à Bordeaux en 1863, Paul Balagny embrasse la carrière militaire, fait Saint-Cyr puis l’école supérieure de guerre avant de se voir confier des missions qui lui font parcourir le monde pendant 28 ans. En 1914, il reçoit le commandement du 65e régiment d’infanterie en garnison à Nantes, à la tête duquel il est blessé dès le début des hostilités (septembre 1914) en montant à l’assaut.
Sa bravoure lui vaut la croix de commandeur de la Légion d’honneur. Ses contemporains s’accordent pour reconnaître en lui « d’éminentes qualités d’archéologue, historien, préhistorien, géologue, polyglotte, grand voyageur et poète délicat ». Cet érudit aux connaissances « innombrables et variées » est élu à la présidence de la Société archéologique de 1934 à 1939, ainsi qu’à celle de la Société des sciences naturelles de l’ouest de la France. Auteur d’une vingtaine d’articles dont plusieurs sur la période de la Révolution et du premier empire, le colonel Balagny décédé en 1948 a laissé à la Société archéologique quelques uns de ses brouillons et notes de recherches.
3 Fonds du chanoine Russon (157 J 22-40)
Natif de Besné en Loire-Atlantique (1884), Jean-Baptiste Russon fréquente les petits séminaires de Chauvé et des Couëts puis le Grand séminaire de Nantes avant d’être ordonné prêtre. Il est d’abord professeur puis directeur de la collégiale Saint Donatien, puis curé du Pellerin et de Sainte Madeleine de Nantes (1936-1942). En 1942, il est nommé aumônier du pensionnat de l’Adoration et chanoine titulaire.
Déjà membre de la Société archéologique depuis 1929 et membre du comité à partir de 1933, il se voir confier la présidence de ladite société en 1949, charge qu’il assure jusqu’à sa démission en 1961, deux mois avant sa mort. Le chanoine Russon est un historien sérieux et reconnu, qui a puisé aux meilleures sources et produit un grand nombre d’articles et monographies ; spécialiste de l’histoire religieuse du département, on lui doit un remarquable ouvrage sur la cathédrale de Nantes, plusieurs histoires paroissiales ou de communautés, un grand nombre d’études d’histoire locale, notamment sur la période révolutionnaire, travaux dont in trouvera la liste complète et imposante dans les tables du Bulletin de la Société archéologique de Nantes. Particulièrement actif à la tête de la société qu’il préside, la préparation des réunions, des sorties, des excursions des bulletins mensuels et annuels résultent de son travail assidu. Les papiers qui constituent le fonds du chanoine Russon reflètent ces activités : notes et manuscrits sur les sujets de ses études historiques, notes de préparation et compte rendus d’excursions, manuscrits d’auteurs ayant publié dans le Bulletin de la société. A signaler le manuscrit d’une importante étude inédite sur les chapelles du département, due à la plume de Robert Orceau[1]. On trouvera également quelques documents et publications émanant de la Société nantaise de préhistoire à laquelle appartenait le chanoine Russon. Enfin, plusieurs cartons contiennent des notes et fichiers relatifs à l’exercice du ministère de l’abbé Russon à Saint Donatien et dans les paroisses dont il a été chargé : notes de sermons, conférences eucharistiques, catéchisme dont l’intérêt se situe surtout au niveau de l’histoire des mentalités religieuses du milieu du XXe siècle.
4 Fonds A. Baudry-Souriau (157 J 41-81)
Bien que native de Toulouse (1907), Mme Baudry-Souriau a eu de solides arraches familiales dans la région nantaise et est même apparentée à Émile Gabory, l’archiviste départemental. Elle se fixe définitivement à Nantes après son mariage en 1939 avec Jacques Baudry. Ses études à l’école des Beaux-arts l’incitent d’abord à exercer des activités diverses : dessin, cuir repoussé, peinture sur tissu. Entrée en 1928 à la Société archéologique, elle accède bientôt au poste de secrétaire adjointe puis secrétaire générale où elle déploie une intense activité : programme de conférences, excursions, visites d’expositions, préparation des séances, autant de tâches que reflètent les notes constituant une grande partie de ses papiers, d’un intérêt néanmoins assez restreint. On complètera cet ensemble disparate par la consultation des procès-verbaux et comptes-rendus publiés dans le Bulletin de la Société archéologique. Sous les cotes 157 J 49 à 52 ont été rassemblés un certain nombre de manuscrits, quelques uns inédits, œuvres de Pauline Baudry, membre de la Société académique et belle-sœur de Mme Baudry-Souriau. Plusieurs de ces travaux ont fait l’objet d’une publication au début du XXe siècle. Enfin on trouvera des notes et manuscrits sur l’art héraldique, science à laquelle Mme Baudry-Souriau s’est consacrée amplement ; elle a été l’âme de la Commission d’héraldique urbaine du département. Malheureusement, cette partie ne constituait pas une synthèse mais des notes de travail informes. Heureusement, un second don en 1998 a complété considérablement cette partie du fonds par l’apport d’un grand nombre de planches peintes que l’on regroupées par thèmes. Enfin, plusieurs fichiers ont été réunis qui, de par leur caractère incomplet ou inachevé, ne présentent pas l’intérêt que l’on pourrait en attendre. Au décès de Mme Baudry-Souriau en 1975, toutes ces archives sont restées à son domicile ; la Société archéologique doit à l’obligeance de sa fille d’avoir reçu en don ce fonds d’érudit auquel étaient mêlés ceux du chanoine Russon et de J. Forest.
Jean-François Caraës
1 Maître Robert Orceau (1891-1970), entré à la Société archéologique en 1928, en a assuré la présidence à deux reprises, en 1945-1949 et 1961-1966. Auteur de plusieurs articles, notamment sur l’histoire de Chantenay, publiés dans le Bulletin de la société, il a laissé à celles-ci ses notes, dessins et aquarelles sur le vieux Nantes, ainsi que l’ensemble de ses croquis des ferronneries nantaises.