Le quai de la Fosse à Nantes - Jean-François Caraës ; préface de Guy Saupin
La Crèche, Geste éditions, 2021
344 pages, 25 €
Cinq siècles, c’est le temps qu’il a fallu pour faire et défaire le
quai de la Fosse, image longtemps incontournable de la ville et du port
de Nantes. Lieu privilégié où, sous l’Ancien régime, se focalise le
développement d’un port ouvert sur l’outre-Atlantique, la richesse des
négociants s’y expose avec les façades de leurs immeubles baignés de
soleil ; prospérité et commerce des êtres humains font bon ménage dans
une société où tout le monde y trouve son compte. Au 19e siècle, la
façade du quai sur la Loire cache, derrière ses appartements de location
et sièges de sociétés, une population laborieuse, à l’arrière des
bâtisses mal entretenues, rongées par la lèpre de l’humidité qui les
rend peu à peu insalubres. C’est là aussi que se développe le second
mythe de la Fosse, celui du « quartier réservé » qui inspire auteurs et
artistes : ruelles étroites et pentues où brillent les enseignes
lumineuses et les gros numéros des maisons closes. Tout s’effondre en
septembre 1943, avec le violent bombardement de la ville en pleine
guerre. La reconstruction est accompagnée d’une large déconstruction
d’édifices et d’infrastructures, on en profite pour achever les travaux
d’urbanisme commencés un siècle auparavant, tandis que l’activité
portuaire glisse inexorablement vers l’aval. Fermées les maisons closes
aux noms évocateurs ou exotiques, terminés les va-et-vient des navires
et des dockers, furtives les images des cinéastes qui tentent
d’immortaliser la Fosse de leur jeunesse. Des images mythiques
disparaissent quasiment sans laisser de trace. Au fil des pages
largement illustrées, l’auteur se livre à une véritable autopsie d’un
quartier qui n’est plus, celui des mythes tant du port florissant de ces
« messieurs de Nantes » que des ruelles chaudes et de l’attrait
qu’elles ont exercé pendant de nombreuses décennies. Le quai de la Fosse
a vécu, avec ses lumières et ses ombres ; en disséquant le site et son
histoire, il est alors possible de mieux appréhender ce qu’il a été, et
aujourd’hui, mieux lire les vestiges de son passé. Grâce à cette
démarche historique et originale : revenir en arrière, chercher au plus
profond de ses murs et de ses vestiges, ressusciter ceux qui l’ont
construit, animé, remodelé, transformé, le quai peut désormais revivre
au-delà des apparences.